Archive pour la catégorie ‘Architecture’

Urbanisme, villes créatives, Abu Dabi

Dimanche 5 septembre 2010

La revue Urbanisme (n° 373, juillet-août 2010, http://www.urbanisme.fr/issue/report.php?code=373&code_menu=149#article711) consacre un dossier au thème : « Villes créatives ?« 

On lira à ce propos l’éditorial du directeur, Thierry Paquot, « Villes créatives ? Un cocktail aux ingrédients subtils » : http://www.urbanisme.fr/issue/report.php?code=373&code_menu=EDITO#article709.

Voici le sommaire de la revue :

La ville créative pour qui ?

C’est dans son best-seller académique The Rise of the Creative Class que Richard Florida pose les fondements d’un modèle de développement territorial dont nombre d’élus nord-américains se réclameront durant la première décennie du XXIe siècle. L’universitaire – devenu “consultant” – y défend l’idée que le dynamisme économique des villes états-uniennes est directement lié à leur capacité d’accueil des populations qu’il qualifie de “créatives”. Ludovic Halbert, chercheur au CNRS, université Paris-Est, LATTS, propose un bilan critique et s’interroge : est-ce une idée neuve, est-ce une idée utile, et surtout, comment dépasser les contradictions internes d’une ville construite pour la classe créative ?

Équipements culturels et villes créatives

Les nouveaux équipements culturels occupent une place singulière dans le positionnement de nombre de villes dans le monde. Ce sont rarement des bibliothèques, des conservatoires ou des centres d’archives, plus généralement des salles de spectacles et surtout des musées.

Jean-Michel Tobelem, directeur de l’institut d’étude et de recherche Option Culture, analyse la place de ces équipements culturels dans le développement des villes, dans un contexte où la notion de “créativité” – dont il convient d’apprécier la portée véritable – semble jouer désormais un rôle prépondérant.

Le musée Soulages à Rodez : une révolution culturelle ?

Pour Rodez, discrète préfecture de l’Aveyron, l’ouverture du musée Soulages fin 2012 – accompagnée de celle d’un multiplexe, puis du réaménagement du site de l’ancien hôpital – constituera un vrai bouleversement urbain, mais aussi l’occasion d’un repositionnement culturel et touristique.

Enquête d’Antoine Loubière.

Dole, l’attrait d’un patrimoine partagé

Avec ses 26 000 habitants, Dole, “ville d’art et d’histoire”, ne conçoit son avenir que dans le cadre de sa communauté d’agglomération (41 communes pour 50 000 habitants). Le plan d’aménagement Dole 2010-2025 couvre ainsi l’ensemble de ce territoire, du vaste secteur historique sauvegardé en centre-ville jusqu’aux quartiers de “seconde périphérie” , avec une grande attention portée à la qualité et au confort environnementaux. Une “ville éco-citoyenne”, selon la formule de son maire.

Reportage, par Annie Zimmermann, journaliste.

Cluny 2010

Ce programme de festivités et événements culturels, lancé dans le Jura en septembre 2009 et qui se terminera fin 2010, célèbre le 1 100e anniversaire de la création de l’abbaye de Cluny, à l’origine d’un mouvement réformateur initié en France puis étendu à plusieurs pays d’Europe (Allemagne, Italie, Espagne, Suisse, Grande-Bretagne) avec un réseau total de 1 400 filiales. C’est en effet des monastères jurassiens de Baume-les-Messieurs et de Grigny que seraient partis, en 909-910, douze moines, pour fonder, sous l’autorité de l’abbé Bernon, la Maior Ecclesia. La Fédération des sites clunisiens est maître d’œuvre de cette manifestation d’envergure : visites, spectacles, concerts, expositions, ateliers, conférences, colloques, rencontres, marches, rallyes, etc. sont l’occasion de (re)découvrir la richesse du patrimoine clunisien, sous sa forme bâtie, artistique, culturelle et spirituelle.

Dis-moi qui est la plus créative…

Sous l’effet des politiques incitatives de l’Europe, l’économie créative s’invite aussi dans les capitales européennes de la culture. Tandis que la Ruhr l’érige en ressort exemplaire de sa mutation, les métropoles françaises oscillent entre l’acculturation, le zèle ou l’exploration de voies de soutien à la création plus inédites.

Enquête, par Françoise Moiroux, journaliste.

Les capitales européennes de la culture : des villes créatives ?

Une génération s’est écoulée depuis le lancement de la première “ville européenne de la culture”, Athènes, en 1985. Vingt-cinq ans après, comment et en quoi cette opération a-t-elle évolué, qu’apporte-t-elle aux villes sélectionnées et quel bilan peut-on en dresser ?

Historique et analyse par Boris Grésillon, maître de conférences en géographie (Université de Provence et UMR Telemme).

Et vogue la stratégie !

Appliqués à Montréal, les critères de Richard Florida sur la ville créative ont induit de curieuses évolutions dans les palmarès successifs des villes canadiennes. Intrigués, Luc Noppen et Lucie K. Morisset, enseignants-chercheurs à l’Université du Québec à Montréal, ont cherché à comprendre pourquoi. Ils analysent ici les stratégies mises en œuvre par les décideurs locaux pour conforter la vocation créative de Montréal, alors même que la ville était déjà très identifiée à la culture. La série de projets d’un urbanisme stratégico-culturel pensé pour séduire la classe créative n’a pas débouché sur les résultats attendus. La ville résiste à sa mise en compétition…

Luc Noppen, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain–ESG, et Lucie K. Morisset sont tous deux professeurs au Département d’études urbaines et touristiques de l’École des sciences de la gestion, à l’Université du Québec à Montréal, et chercheurs affiliés à l’Institut du patrimoine de cette institution. La préparation de cet article s’inscrit aussi dans la programmation du Forum canadien de recherche publique sur le patrimoine, soutenu par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, et dans celle du projet “Les paysages de la patrimonialisation”, financé par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture.

Le touriste, co-opérateur de la créativité urbaine ?

En écho à Richard Florida, la littérature sur le “tourisme créatif” a été particulièrement prolifique au cours des années 2000. Elle souligne l’homogénéisation croissante des projets urbains sur lesquels a reposé le développement du tourisme culturel au cours des trois dernières décennies, tandis qu’est mise en évidence la demande émergente des clientèles pour plus d’interaction et d’échanges avec les lieux visités, soit plus de créativité. Richards et Raymond définissent le tourisme créatif en tant que la possibilité “d’acquérir, au cours de l’expérience touristique, un savoir-faire faisant partie de la culture locale et/ou de la communauté visitée. Les touristes créatifs développent leur potentiel, et viennent plus près des locaux à travers la participation informelle à des ateliers interactifs et des expériences d’apprentissage qu’ils tirent de leurs destinations touristiques”.

Tout en questionnant de manière critique la pertinence de cette notion, Maria Gravari-Barbas, géographe, professeur à l’université de Paris-Sorbonne, explore les rapports entre ville, tourisme et créativité.

Feu sur Florida !

Que faut-il penser du succès de Richard Florida et de l’adoption de ses thèses par de nombreuses municipalités aux États-Unis (Baltimore, Memphis…) et au Canada (Montréal, Toronto…) ? Ses livres à peine publiés déclenchent également de solides analyses critiques en réaction à l’engouement exagéré qu’elles provoquaient chez d’autres lecteurs, que l’auteur n’a pu vraiment réfuter.

Rapide panorama, par Thierry Paquot.

Signalons, dans le numéro précédent (n° 372, mai-juin2010) notre article intitulé « Lire une image : Le Louvre à Abu Dabi » (http://www.urbanisme.fr/issue/magazine.php?code=372&section=INTER).

Pour finir, que pensez-vous de la notion d’industries, de régions et/ou de villes « créatives » ?

« Pompidou attendu comme le messie à Metz »

Jeudi 10 juin 2010

Tel est le titre quelque peu goguenard de l’article que le magazine Télérama (n° 3148, 12 mai 2010), sous la plume de Sophie Cachon, consacre aux grands projets muséaux en région, à l’occasion de l’ouverture du Centre Pompidou-Metz (http://www.telerama.fr/scenes/pompidou-attendu-comme-le-messie-a-metz,55763.php), qui vise une fréquentation de 200.000 visiteurs en vitesse de croisière (après le prévisible succès de son ouverture).

L’affaire paraît en effet entendue : « Grâce à son nouveau musée inauguré demain, Metz espère les mêmes retombées économiques que Bilbao avec le Guggenheim. Un rêve partagé par les villes de Lyon, Marseille et Lens, dont les projets peinent encore à sortir de terre. On ne récoltera vraiment les fruits de l’investissement que dans la seconde partie de la décennie. Pompidou, c’est d’abord ce que l’on en fera. »

C’est donc également l’occasion de faire le point sur les projets du Louvre-Lens, du musée des Confluences à Lyon et du MuCEM à Marseille.

Dans l’article de Nicolas Bastuck et Claire Guillot (« Le Centre Pompidou sera-t-il une manne pour la région ? »), paru dans le supplément du journal Le Monde du 11 mai 2010, une certaine prudence semble toutefois de mise.

  • Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou-Metz : « On ne vas faire la révolution économique et sociale à nous seuls. Après Bilbao, une cinquantaine de projets de ce genre ont fleuri dans le monde. Très peu ont réussi. »
  • Thierry Jean, président de l’agence de développement économique de l’agglomération messine : « Le  Centre Pompidou, en soi, est peu générateur de richesses. L’idée, c’est de s’appuyer sur lui pour augmenter l’attractivité de la ville. »
  • Jean-Pierre Masseret, président du Conseil régional de Lorraine : « Il s’agit de changer l’image d’une région qui évoque encore la crise de l’industrie, puis les restructurations militaires. »

Pour aller plus loin :

  • Pour une promenade architecturale, voir : http://www.lemoniteur.fr/157-realisations/article/actualite/703150-promenade-architecturale-au-centre-pompidou-de-metz.
  • Voir également : http://www.paris-art.com/art-culture-France/Pompidou-Metz:-un-musee-avec-la-vie/Rouille-Andre/315.html.
  • Ainsi que : http://www.louvrepourtous.fr/Centre-Pompidou-Metz-tout-savoir,505.html.
  • Et encore : http://www.latribunedelart.com/ouverture-du-centre-pompidou-metz-article002573.html.

Patrimoines en mouvement 3

Lundi 12 avril 2010

Le numéro 231 (mars 2010) de la revue des Vieilles maisons françaises (www.vmfpatrimoine.org) consacre un article au riche patrimoine de la ville de Toulouse, candidate naturelle aux courts séjours (ou city breaks).

Le tourisme urbain se nourrit en effet de monuments, mais aussi de musées, d’événements culturels et sportifs, d’hôtels de caractère, de boutiques rares ou insolites, de restaurants  typiques, de quartiers vivants et d’une pointe de modernité… sans oublier les attraits de la vie nocturne !

VMF Toulouse

Quant à Sophie Flouquet, elle analyse les raisons pour lesquelles les entrées de villes sont devenues « un fléau français » en raison d’une législation insuffisante, mais aussi d’une réglementation peu appliquée.

Sa conclusion : « Les tristes entrées de villes risquent donc d’avoir encore de beaux jours devant elles ! »

Comme s’interrogent du reste les VMF, « est-il cohérent de protéger – parfois de surprotéger – les centres-villes et de se désintéresser de leur développement en périphérie ? Le premier regard sur une ville n’est-il pas porté à partir de ses entrées, trop souvent abandonnées à la spéculation publicitaire et commerciale ? »

Sur le même thème, on pourra également lire l’article de Xavier de Jarcy et Vincent Remy dans le numéro 3135 de Télérama : http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php.

Télérama 1

Architecture 2 : Tadao Ando

Jeudi 10 décembre 2009

Lauréat du prix Pritzker et autres récompenses internationales prestigieuses, Tadao Ando est également le maître d’œuvre de musées réputés.

Trois de ses musées situés près de Takamatsu, au Japon, invitent à s’interroger sur la relation entre architecture et projet muséal.

Le premier est situé à Yashima, dans le cadre d’un musée de plein air (le Shikoku Mura Open Air Museum) consacré à la vie traditionnelle dans le sud du Japon, et à la fabrication de canne à sucre en particulier.

En dehors d’une galerie d’exposition temporaire d’une taille réduite, la particularité du musée est sa parfaite insertion dans le site qui l’abrite, au pied de la montagne.

On admirerait par ailleurs sans réserve le jardin en terrasse si le bruit des chutes d’eau ne venait rompre le charme d’un lieu voué à la méditation.

Une belle œuvre d’architecture en somme, où l’on retrouve le célèbre répertoire du maître japonais, mais dont le propos muséographique reste limité.

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Il en va autrement avec Benesse House, sur l’île de Naoshima, dont la réputation (avec le Chichu Art Museum et l’Art Project) ne cesse de grandir à mesure que son programme muséal et artistique continue de se développer.

Le musée Benesse présente une intéressante collection d’art contemporain, en complément d’un jardin de sculptures et d’un complexe comprenant chambres d’hôtel, boutique, spa et restaurant.

Quant à l’architecture, son écriture se veut plus complexe, voire sinueuse, pour s’adapter à la configuration de la collection du musée.

Enfin, le musée Chichu présente la particularité de ne présenter les œuvres que de… trois artistes !

  • Une installation de James Turrell, captivante mais présentée avec un cérémonial pesant.
  • Quatre toiles de la série des Nymphéas de Claude Monet, présentées sous une protection en verre et avec une luminosité qui ne leur rendent pas justice.
  • Enfin, une œuvre de Walter de Maria que l’on se permettra de juger grandiloquente.

Ce sont certes là trois artistes qui résonnent avec la civilisation japonaise, mais qui sont exposés dans une architecture à ce point pesante qu’elle en devient oppressante : couloirs sombres, portes monumentales, chemins étroits, on ne sait si l’on se trouve dans une forteresse ou dans un lieu qui devrait être propice à la délectation.

Du reste, des personnels d’accueil et de gardiennage en uniforme entièrement blanc achèvent de donner une curieuse impression à ce qui devrait être avant tout une fête des sens et de l’esprit.

Tout cela ne fait pas oublier les magnifiques réalisations de Tadao Ando, mais invite surtout à inciter les maîtres d’œuvres à faire assaut de modestie devant les œuvres qu’ils ont pour mission de magnifier.

Dans un style futuriste, s’intégrant pourtant parfaitement dans son environnement, on mentionnera par exemple le musée Miho, situé dans la région de Kyoto, réalisé par le célèbre architecte sino-américain Ieoh Ming Pei.

Miho 3

Comment voyez-vous les relations entre architecture et musée ?

Architecture 1 : quelle valeur ajoutée pour l’architecture ?

Samedi 15 août 2009

Nombre d’acteurs ou de décideurs (élus, directeurs d’institutions…)  estiment que le recours à un architecte prestigieux constitue une garantie de réussite de leur équipement culturel, à l’instar du musée Guggenheim de Bilbao (lire à ce propos notre article « Les temps de l’art contemporain ne font pas tous recette », dans la revue Espaces n° 258, avril 2008 (http://www.revue-espaces.com/carnet/1287.tobelem_jean-michel.html).

Tourisme et art contemporain

S’il est vrai que l’architecture peut grandement participer à la qualité de la visite, quand elle est mise au service des œuvres (comme à la fondation Maeght de Saint-Paul de Vence ou à la fondation de Mesnil de Houston), il serait hasardeux de faire reposer de façon excessive sur l’enveloppe architecturale l’objectif de parvenir durablement à un haut niveau de fréquentation.

Toronto

Notons en effet que depuis l’expérience de Bilbao, nulle ville n’est parvenue à rééditer un tel exploit, qui s’explique en réalité par un ensemble de conditions qui sont loin de toutes relever de la question de l’architecture.

Reste qu’à tout prendre, mieux vaut faire appel à un bon architecte (connu ou pas) qu’à un mauvais maître d’œuvre !

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