Archive pour la catégorie ‘Marché de l’art’

Inaliénabilité des collections

Mardi 15 juin 2010

Notre billet du 12 août 2009 (Peut-on vendre les œuvres des musées ?) annonçait le colloque organisé par musée de Mariemont (Belgique) : http://www.musee-mariemont.be/accueil/activites/colloques/linalienabilite_des_collections.

Nous disposons aujourd’hui d’une publication issue de cette journée d’étude : L’inaliénabilité des collections de musée en question, actes du colloque tenu au musée royal de Mariemont le 28 avril 2009, édités par François Mairesse, éditions du musée de Mariemont (http://www.dessinoriginal.com/2814-l-inalienabilite-des-collections-de-musee-en-question.html).

En voici la présentation :

L’inaliénabilité : un principe indispensable ou à remettre en cause ? Vendre, céder ou détruire des collections de musée peut-il se concevoir ? Selon quelle procédure ? Avec quels bénéfices et quels risques ? Que faire du produit d’une possible vente ? Tous les objets sont-ils égaux face à l’aliénation ? Récemment, plusieurs projets visant à modifier le principe général d’inaliénabilité des collections de musée ont été mis à l’ordre du jour, en France et en Belgique notamment. La question interpelle ; elle rencontre, généralement, un refus catégorique de la part des professionnels de ces pays. En vertu du code de déontologie de l’ICOM pour les musées, le retrait d’un objet des collections, par la cession, la vente ou la destruction ne peut être envisagé que si cela ne porte aucun préjudice à la mission d’intérêt public confiée au musée. Ce principe connaît des applications nuancées d’un pays à l’autre. Ainsi, les textes relatifs aux collections publiques italiennes et espagnoles sont très restrictifs. Aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, les opérations de cession sont autorisées, bien qu’encadrées et limitées. Aliénation versus inaliénabilité, fondements juridiques et jurisprudence de la domanialité publique, expériences belges, néerlandaise et française, autant d’aspects évoqués dans ce volume, qui présente les actes d’un colloque organisé au Musée royal de Mariemont, au mois d’avril 2009, ainsi qu’un certain nombre d’études publiées à la suite de celui-ci.

Notons qu’un colloque s’est tenu au musée du quai Branly sur le même thème les 2 et 3 mars 2010 : L’inaliénabilité des collections publiques, performances et limites ? Le programme de la conférence se trouve à l’adresse suivante : http://www.cecoji.cnrs.fr/article.php3?id_article=206.

On lira également sur le sujet, provenant du blog Muséologique : http://museologique.blogspot.com/2010/05/remise-des-tetes-maories-vers-une.html.

Rappelons enfin l’avis de Didier Rykner sur ce sujet : http://www.latribunedelart.com/une-loi-dangereuse-pour-l-inalienabilite-adoptee-par-le-parlement-article002563.html.

Et vous, quelle est votre position à ce propos ?

L’art dans la mondialisation

Mercredi 5 mai 2010

La revue Questions internationales (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/3303331600428/) consacre son dernier numéro à la question de la mondialisation de l’art et de la culture, à travers un recueil de contributions comportant nombre d’illustrations et de tableaux bienvenus.

Mondialisation

En voici le sommaire :

- Ouverture. L’art au prisme de la mondialisation (Serge Sur)
- L’évolution du concept d’œuvre d’art (Jean Galard)
- L’extension des lieux de l’art de l’Europe au reste du monde (Thierry Laurent)
- Les grands musées, acteurs des relations internationales ? (Jean-Michel Tobelem)
- La place de Paris dans le marché mondial de l’art et des enchères (Entretien avec François Curiel)
- Le marché de l’art : une mondialisation en trompe-l’œil (Alain Quemin)
- La structure et le fonctionnement du marché mondial de l’art (Muriel De Vrièse)
- Le trafic international des œuvres d’art (Pierre Tabel)
- Les enjeux internationaux liés à la restitution et au retour des œuvres d’art (Édouard Planche)
Questions européennes
- Les nouveaux horizons de la diplomatie turque (Dorothée Schmid)
Regards sur le monde
- Le secrétaire général des Nations Unies : un mode d’élection opaque et contesté (Thérèse Gastaut)
- La guerre économique, du concept à la réalité (Pascal Gauchon et Frédéric Munier)
Histoires de Questions internationales
- Art et diplomatie en Europe : de la Renaissance à la Révolution française (Lucien Bély)
Document de référence
- Vivant Denon et les restitutions de 1815 (extraits)

Questions internationales, L’art dans la mondialisation (n° 42 mars-avril 2010), La Documentation française.

Réf. : 3303331600428, 128 pages, 19×25 cm, ISSN : 1761-714.

Voici, pour nos amis anglophones, le résumé en anglais de notre article proposé par la revue :

Globalisation has radically changed the role played by the world’s great museums. All these cultural institutions have a significant international dimension, whether in the circulation of art works, their legal or financial framework or their communication policies. The developpment of major museum projects abroad is becoming a decisive element in their influence worldwide. The complexity of the cultural, financial, and – often diplomatic – implications of the projects is nonetheless often pointed out and demands greater convergence in the strategy of these players.

Vos réactions concernant ce dossier sont attendues.

Musée et Cie : bas les masques et tous aux abris !

Mardi 12 janvier 2010

Nous avons annoncé dans notre billet du 17 novembre 2009 la publication du livre de l’Américain Paul Werner : Musée et Cie : globalisation de la culture (http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=29955).

À lire d’urgence, cet ouvrage – précédemment publié en anglais – constitue une véritable bombe dans le monde des musées.

Comme un boxeur survolté, mais avec une bonne dose d’humour et une verve rafraîchissante, le dialecticien érudit Werner frappe fort… et ça fait mal à tous les coups !

Et si, nous avertit l’auteur, le musée Guggenheim ne représentait au fond que le dévoilement de la face cachée du musée d’art d’aujourd’hui, pris dans la tourmente des marchés, des flux financiers et des mouvements de capitaux ?

Alors, tous aux abris ou tous prêts à engager une salutaire réflexion sur la signification et les buts des musées contemporains ? Ce sera au lecteur d’en décider.

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Plaçant son entreprise de démolition et de déconstruction à l’épicentre des mondes de l’art et du capitalisme, de l’économie et de la philosophie, de la politique et de la sociologie, Paul Werner – en bon disciple de (Groucho) Marx – fait certes trembler le musée sur ses bases.

Mais c’est parce qu’au fond il le place à la hauteur de ses rêves et qu’il n’accepte pas de voir livré cet instrument démocratique aux appétits des affairistes, des spéculateurs et autres pharisiens.

Pour entrer dans le débat, à vos plumes !

New Museum, New York

Dimanche 22 novembre 2009

Un article de Deborah Sontag et de Robin Pogrebin paru dans le New York Times du 11 novembre 2009 attire l’attention sur l’un des dangers qui guettent les musées à présent, et peut-être plus encore à l’avenir, comme un rappel de la fameuse exposition « Sensation » du musée d’art de Brooklyn qui avait déjà soulevé une vive controverse.

Les faits sont les suivants :

  • Le New Museum de New York, un espace d’art contemporain qui ne possède pas de collection permanente, a décidé de présenter une exposition d’œuvres issues de la collection de l’un des plus importants collectionneurs d’art contemporain dans le monde, le grec Dakis Joannou (du 3 mars au 6 juin 2010).
  • Ce dernier se trouve être par ailleurs l’un des administrateurs (trustee) du musée.
  • Enfin, le commissariat de l’exposition est confié à l’artiste Jeff Koons, dont le chef d’entreprise grec, l’un de ses plus anciens et importants acheteurs, possède de très nombreuses œuvres.

Sensation

Voilà ainsi réunies un ensemble de circonstances troublantes.

Selon l’association américaine des musées (AAM) en effet, plusieurs critères devraient conduire à s’interroger :

  • lorsqu’une exposition est consacrée à un seul collectionneur,
  • lorsqu’un membre du conseil d’administration du musée (trustee) est concerné,
  • lorsque le commissariat est confié à une personne extérieure à l’institution.

On ajoutera, ainsi qu’y insiste judicieusement Lee Rosenbaum sur son blog (http://www.artsjournal.com/culturegrrl), l’éventuelle participation du collectionneur aux frais induits par l’exposition ou l’attribution au musée d’un soutien concomitant à l’organisation de celle-ci (comme dans l’exposition Armani il y a quelques années au musée Guggenheim).

NewMuseum

Les trois premiers aspects étant réunis dans cette affaire (le dernier point n’est pas éclairci à l’heure actuelle), quels sont les points de vue en présence ?

  • Le collectionneur ne voit pas, quant à lui, de problème particulier.
  • La directrice du musée admet que l’on puisse penser à un conflit d’intérêt.
  • Certains observateurs soulignent que la présentation d’œuvres d’art contemporain dans un musée contribue à accroître leur valeur de marché.
  • D’autres mettent en évidence un risque concernant l’intégrité et la réputation d’impartialité d’une institution publique.
  • D’autres encore, à l’inverse, n’hésitent pas à parler d’un nouveau modèle de partenariat public-privé.

Sur ce sujet, voir également, de Linda Yablonsky : Exhibition raises a potential conflict-of-interest between private collectors and public institutions (http://www.theartnewspaper.com/articles/Controversy-over-New-Museum-s-plans-to-show-trustee-s-collection/19659).

Inutile d’ajouter que la vente d’une œuvre présentée dans l’exposition peu de temps après serait du plus mauvais effet…

D’après vous, les musées français sont-ils à l’abri de problèmes déontologiques de cette nature ?

L’art et le marché

Jeudi 1 octobre 2009

Sans être pointilleux à l’excès, on ne peut manquer de souligner que l’une des plus importantes institutions patrimoniales françaises, le domaine national de Versailles, s’est lancée dans une politique d’exposition d’art contemporain… qui ne prévoit pour l’instant que de présenter un seul artiste français (Xavier Veilhan) sur les 4 premières expositions (consacrées pour le reste à Jeff Koons l’année dernière et prochainement à Takashi Murakami et Maurizio Cattelan) !

Voir à ce sujet le numéro 308 du Journal des Arts (4-17 septembre 2009).

Plutôt que de se plaindre de la faiblesse de la place réservée à nos artistes à l’étranger, si les institutions françaises commençaient par leur rendre leur juste place ?

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A ce titre, le château de Versailles s’est-il donné pour mission (avec l’accord explicite du ministère de la Culture ? En vue de renforcer sa communication planétaire ?) d’assurer la promotion des stars du marché de l’art international ?

Cela mérite pour le moins débat.

De nombreux observateurs ont par ailleurs noté qu’au moins 3 de ces artistes sont collectionnés par François Pinault, dont la fibre patriotique ne l’a pas empêché d’expatrier sa collection en Italie.

Qu’en pensez-vous ?

Le pari de l’art

Jeudi 3 septembre 2009

Dans le supplément au magazine Challenges du 28 mai 2009, on peut lire un dossier sur les relations entre art et entreprise, ainsi que sur les mutations du marché de l’art.

On y trouve notamment des portraits de mécènes et d’acteurs du marché de l’art, qui traverse actuellement l’une des crises qui l’atteint périodiquement.

Selon vous, quelles en seront les conséquences pour les artistes, mais aussi pour les musées ?

Peut-on vendre les oeuvres des musées ?

Mercredi 12 août 2009

C’est là une question complexe, qui laisse craindre d’ouvrir inconsidérément la boîte de Pandore !

Mais, alors que certains conservateurs du patrimoine acceptent l’idée de « louer » des œuvres (cf. L’Expansion, été 2009, p. 91 et 93) pour des motifs présentés comme acceptables (rénover des salles, acquérir des œuvres, financer une restauration…), la plupart s’insurgent contre l’idée de se séparer de certains éléments de leurs collections (par vente, prêt, restitution, échange ou destruction dans le cas de pièces gravement endommagées).

Mais la question est plus complexe qu’il n’y paraît, comme précisé dans un article en ligne publié par le site Internet Hérodote (http://www.herodote.net/articles/article.php?ID=5).

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Pour une position opposée à toute forme d’inaliénabilité, voir :                                                                                                                         http://www.latribunedelart.com/Musees/Musees_2009/Rapport_Alienabilite_Richert_555.htm

Quant au musée de Mariemont (Belgique), dirigé par François Mairesse, il a organisé une journée d’étude sur cette question, présentée de la façon suivante sur son site (http://www.musee-mariemont.be/accueil/activites/colloques/linalienabilite_des_collections) :

Vendre, céder ou détruire les collections ? Impensable ? Avec quels bénéfices et quels risques ? Tous les objets sont-ils égaux face à l’aliénation ? Récemment, plusieurs projets visant à modifier la politique d’aliénation ont été mis à l’ordre du jour, en France et en Belgique notamment. Cette journée d’étude a permis d’évoquer les questions sous-tendues par l’aliénation dans le contexte belge.

Il est possible de télécharger le  programme complet de cette journée !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Le paradoxe des conservateurs

Mercredi 5 août 2009

Les conservateurs du patrimoine sont chargés par la collectivité publique de conserver – pour l’éternité… – les oeuvres des musées dont ils ont la charge.

Or, certains d’entre eux défendent désormais l’idée qu’il est acceptable de faire circuler des oeuvres contre rétribution financière, en dehors des exceptions admises au principe de la gratuité de la mise à disposition entre institutions muséales.

Rappelons que ces cas sont les suivants :

  • fermeture temporaire du musée,
  • exposition organisée par le musée d’un pays en voie de développement (les recettes de l’exposition servant à la sauvegarde du patrimoine du pays)
  • et conception d’une exposition pour le compte d’un organisme à but lucratif (grand magasin, journal, etc.).

Il y a là un danger : qui empêchera la représentation nationale de considérer que les musées peuvent désormais subvenir à leurs besoins, puisqu’il leur « suffit » de louer leurs oeuvres au plus offrant !

Qu’en pensez-vous ?